
Tu as découvert récemment ou pas ton HPI. Mettre un mot sur ton fonctionnement a peut-être apporté un soulagement, des réponses, une forme de reconnaissance intérieure. Et puis, il reste quand même cette sensation de ne pas savoir qui tu es vraiment, ni ce que tu veux. Tu pensais que découvrir ton HPI allait résoudre tous tes problèmes, et pourtant, il reste des tas de questionnements et peut-être un mal-être. Et si comprendre son HPI était une étape importante… mais pas toujours suffisante ?
Dans cet article, on va regarder ensemble pourquoi la découverte du HPI ne suffit pas toujours, quels signes peuvent indiquer qu’une thérapie serait utile, et en quoi certaines approches sont particulièrement adaptées aux profils atypiques. Je t’expliquerai aussi comment choisir une thérapie qui te correspond vraiment, et comment t’engager dans ce travail sans te sentir submergé·e.
Il m'a fallu 34 ans pour découvrir mon HPI. Pour certain·es de mes client·es, c'était à 45, 53 ou 68 ans. Bref, tout le monde n'apprend pas son HPI jeune. Ce qui fait qu'on peut passer beaucoup de temps sans comprendre pourquoi on sent un décalage.
Quand on tombe sur le sujet de la douance, on peut avoir l'impression que cela va répondre à énormément de nos questionnements. Voire que cela explique tout : nos lubies sur la mythologie grecque ou la cosmogonie, notre besoin d'apprentissage permanent, notre idéalisme, notre empathie…
Donc, un jour, tu fais le test, et le ou la professionel·le confirme tes suspicions : tu es bien HPI.
Tu commences à comprendre ton HPI, ça fait du bien de ne plus négocier avec ton fonctionnement atypique ! D'écouter ses besoins, ses valeurs, son besoin d'intensité ! Tu peux avoir la sensation que c'était LA pièce du puzzle qui te manquait pour vivre mieux.
Et pourtant, pour certain·es, se savoir HPI n'enlève pas le mal-être qui est présent. Oui, tu sais que tu fonctionnes ainsi, et en même temps :
Tu sais que tu es HPI, mais tu vis toujours un mal-être qui ne s’explique pas uniquement par la douance.
Le HPI n’explique pas tout de ta personnalité, de tes expériences, ni de ce que tu vis aujourd’hui.
J’aurais aimé, moi aussi, qu’une fois mon HPI découvert à l’âge adulte, tout se mette en place naturellement : trouver le travail qui a du sens, me sentir enfin à ma place, ne plus douter de moi.
Mais si le HPI peut expliquer en partie ce sentiment de décalage ou de solitude, il n’explique pas tout. Lorsque persistent une confusion intérieure, une difficulté à créer du lien, une fatigue émotionnelle ou un mal-être diffus, il est fréquent que cela soit aussi le signe de traumatismes non résolus.
Un trauma, ou psychotraumatisme, n’est pas forcément lié à un événement spectaculaire. Il s’agit d’une émotion intense vécue seul·e, dans un moment où l’on s’est senti impuissant, sans soutien, sans possibilité de régulation.
Quand l'événement est isolé, on parle de trauma "simple".
Quand se sont des situations qui sont répétées, bout à bout, cela fait également du trauma, qu'on appelle trauma complexe.
On est biologiquement programmé, en tant qu’être humain, pour chercher de la sécurité dans le lien avec ses figures d’attachement. Ce sont ces relations précoces qui permettent au système nerveux d’apprendre à se réguler, à reconnaître ses émotions et à se sentir en sécurité dans le monde.
Lorsque l’enfant ne se sent pas accueilli dans son fonctionnement, ses besoins ou son intensité émotionnelle, il ne va pas arrêter d’avoir des besoins. Il va apprendre à s’adapter, voire se suradapter. On parle alors d'attachement insécure.
Chez de nombreux HPI adultes, ces expériences précoces peuvent continuer à influencer la manière de se percevoir, de se relier aux autres et de réagir au stress, bien après la prise de conscience de leur atypie.
Chez les personnes HPI, la suradaptation peut prendre des formes très valorisées socialement : comprendre plus vite, anticiper, se montrer mature très tôt, s’ajuster aux attentes, minimiser ses émotions ou ses besoins pour préserver le lien. On apprend à “fonctionner”, à analyser, mais au prix d’un éloignement progressif de soi.
Avec le temps, ces stratégies deviennent automatiques. Elles permettent de tenir, de réussir, de s’intégrer… mais elles ne permettent pas toujours de se sentir en sécurité intérieurement. À l’âge adulte, cela peut se traduire par une difficulté à savoir ce que l’on veut vraiment, une fatigue émotionnelle importante, une peur du rejet, ou un sentiment diffus de ne jamais être totalement à sa place, même lorsque tout semble aller “objectivement bien”.
La découverte du HPI met enfin des mots sur le fonctionnement cognitif. Mais elle ne suffit pas toujours à réparer ce qui s’est construit très tôt dans la relation, au niveau du système nerveux et de l’attachement.
Si de nos jours, on parle de plus en plus facilement de santé mentale, il reste que certain·es d'entre nous ont grandi dans des familles où "les psys c'est pour les fous". Et du coup, ça peut être compliqué de passer le pas. Pourtant, je pense que consulter quand ça ne va pas cela devrait être comme aller voir le médecin : un bon réflexe.
Tu as peut être l'habitude de vivre dans l'angoisse permanente. Où ton entourage trouve ça normal de se sentir stressé H24. Tu as peut-être remarqué que tu tenais toute la semaine et puis aux vacances ou pendant les week-ends, tu t'effondres de fatigue ? Il y a quelques années, dès que je m'arrêtais de travailler je vivais des migraines intenses voire je tombais malade pendant mes vacances. Ca te rappelle quelque chose ?
Il y a aussi toutes ces fois, où tu te lèves le matin et tu as la boule au ventre, tu préférerais être malade que de repartir travailler. Ou encore, ces instants où tu te vois réagir et tu ne comprends pas tes émotions, leurs intensités. Comme si celles-ci te submergent et qu'une digue cède.
Et puis, il peut y avoir aussi cette sensation de reproduire toujours les mêmes schémas, se retrouver au même point : j'ai changé 15 fois de travail en 13 ans, et j'étais persuadée que je ne trouverais pas ma place...
Si j'ai pu dépasser ces moments difficiles de ma vie, ce n'est pas juste avec un test HPI. C'est parce que j'ai senti que j'avais besoin d'aide. J'étais arrivé au bout de ce que je savais faire seule.
Bien souvent, en tant que HPI tu as déjà analysé ton histoire, et tu peux déjà savoir ce qui cloche. Ou au contraire, tu as déjà tellement fait par toi-même que tu ne vois plus comment t'en sortir seule.
En tout cas, les difficultés que tu continues de rencontrer ne sont pas uniquement liées à ce que tu penses ou ce que tu ressens. Mais bien plus souvent que tu ne le crois, elles sont liés à des traumas que ton corps à garder en mémoire (pour cela, tu peux découvrir l'excellent livre "Le corps n'oublie rien" de Bessel Van Der Kolk). Les traumas, notamment relationnels ou précoces, s’inscrivent dans le corps et le système nerveux.
C’est pourquoi les thérapies psychocorporelles sont souvent particulièrement adaptées aux fonctionnements atypiques. Elles permettent de travailler au-delà du mental, en prenant en compte les sensations corporelles, la régulation émotionnelle et la sécurité intérieure.
Dans la méthode thérapeutique Intelligence Relationnelle®, nous utilisons notamment la théorie polyvagale, qui décrit comment notre système nerveux autonome (SNA) réagit aux signaux de danger ou de sécurité.
Ce qui est pertinent à comprendre c'est que le SNA régit non seulement a respiration et la digestion, mais également, nos réponses instinctives — lutte, fuite, figement, ainsi que la sécurité, connexion sociale et régulation émotionnelle.
La théorie polyvagale permet de comprendre pourquoi certaines personnes HPI ou hypersensibles, malgré une compréhension intellectuelle fine de leur fonctionnement, continuent à vivre des réactions intenses, des tensions corporelles ou une alerte interne permanente.
Le système nerveux, lorsqu’il a appris, depuis l’enfance, à rester en vigilance ou à sur-réagir, ne s’apaise pas simplement parce que l’on “comprend” : il a besoin d’une expérience de sécurité incarnée, au niveau du corps et dans des relations sécures. C’est là que la théorie polyvagale éclaire la pratique : elle montre comment des états physiologiques ancrés peuvent se maintenir en l’absence de danger réel, et comment la thérapie peut graduellement favoriser le passage vers un état de sécurité intérieure, plus stable et accessible.
Chez les HPI, cette tentative de se rassurer / contrôler les situations en utilisant notre mental, nous amène à développer des stratégies de suradaptation. Ces stratégies créent peu à peu, une déconnexion avec nos ressentis et nos besoins profonds. Comment, alors, faire des choix alignés quand on est déconnecté de soi-même ? C'est impossible ! D'où l'enjeu d'e peu à peu d'apprendre petit à petit, à se reconnecter à son corps pour pouvoir sentir ce qui est bon pour nous.
D’après cette étude de 2024, les approches thérapeutiques fondées sur la théorie polyvagale sont associées à des améliorations significatives dans la régulation émotionnelle et le bien-être chez des personnes avec des troubles psychologiques
Voilà, tu arrives peut-être au bout de cet article et peut-être que cela t’a apporté un peu de clarté sur ce qui se joue pour toi.
Découvrir son HPI est une étape essentielle. Cela permet de comprendre son fonctionnement, son intensité, son décalage. Mais comprendre ne transforme pas toujours ce qui fait mal. Et parfois, le problème n’est pas le manque d’explications. C’est la solitude avec laquelle on continue de porter certaines choses.
Peut-être que tu sens que c’est le moment d’aller consulter un·e professionnel·le.
Ou peut-être pas.
Il n’y a pas de bon moment universel pour commencer une thérapie. Il y a ce moment très intime où l’on réalise que rester seul·e avec tout ça coûte plus cher que de demander du soutien.
Si ce moment est le tien, alors prends le temps de chercher un espace où tu te sentiras en sécurité.
Et si ce n’est pas encore le cas, je t'invite à laisser un peu de place à cette la question. Le moment arrivera quand ce sera juste.